Tachkent

Capitale de 2,9 millions d'habitants où le Coran d'Othman du VIIe siècle, le métro à mosaïques de 1977 et la coupole bleue du bazar Tchorsou racontent trois Ouzbékistan superposés.

Tachkent est la capitale de l'Ouzbékistan et la plus grande ville d'Asie centrale, avec environ 2,9 millions d'habitants. Située au pied des contreforts du Tian Shan occidental, à 450 mètres d'altitude, elle s'étend dans la vallée du Tchirtchik, affluent du Syr-Daria. La ville a été presque entièrement reconstruite après le séisme du 26 avril 1966, qui détruisit le centre historique et déplaça plus de 200 000 personnes. C'est ce qui explique son visage actuel : larges avenues, immeubles soviétiques en panneaux préfabriqués, places monumentales comme la place de l'Indépendance ou la place Amir Timour.

Le contraste avec le vieux Tachkent, à l'ouest de la ville, est net. Le quartier de Khast Imam concentre plusieurs siècles d'histoire musulmane : la médersa Barak Khan du XVIe siècle, le mausolée de Kaffal Chachi, et surtout la bibliothèque qui abrite le Coran d'Othman, manuscrit du VIIe siècle considéré comme l'un des plus anciens corans complets au monde. Tout près, le bazar Tchorsou, couvert d'une coupole bleue de 300 mètres de circonférence, reste le marché de référence des habitants : on y achète encore le pain rond non, les épices, les melons de Mirzachoul et la viande de mouton découpée sur place.

Tachkent est aussi une ville russophone et multiculturelle. La présence de communautés russes, coréennes (déportées en 1937), tatares, ouïghoures et arméniennes se lit dans les quartiers, les restaurants et même dans la cuisine. À côté du plov, plat national à base de riz, carottes jaunes et agneau, on trouve des marchés coréens où l'on vend du kimchi local, des cafés russes hérités de l'époque soviétique et des cantines ouïghoures servant le laghman, soupe de nouilles tirées à la main.

Le métro de Tachkent, inauguré en 1977, mérite un détour spécifique. C'est le plus ancien d'Asie centrale et le seul construit dans une zone de forte activité sismique. Ses 29 stations sont décorées de mosaïques, de lustres en céramique et de bas-reliefs sur des thèmes variés : conquête spatiale à la station Kosmonavtlar, littérature à Alicher Navoï, coton à Pakhtakor. Pendant longtemps, ces stations étaient classées installations militaires, et leur photographie interdite jusqu'en 2018.

Côté contemporain, le quartier de Yangi Shahar et le complexe Tachkent City, livré depuis 2020, regroupent des tours de verre, hôtels internationaux et un parc central. C'est ici que se voit la transformation économique du pays depuis l'ouverture engagée en 2017. À l'opposé, des quartiers comme Chilanzar ou Sergeli gardent l'organisation typique des microraïons soviétiques, avec leurs cours intérieures, leurs écoles de quartier et leurs chaïkhanas, ces maisons de thé où les hommes se retrouvent autour du samovar.

Pour notre équipe, Tachkent n'est pas seulement un sas d'entrée aérien. C'est la ville qui permet de comprendre les couches d'histoire de l'Ouzbékistan moderne : héritage timouride dans les médersas, traumatisme et reconstruction soviétiques, redéfinition identitaire post-1991. Une journée et demie bien organisée, en début ou en fin de circuit selon les horaires de vol, donne le contexte nécessaire pour aborder Samarcande, Boukhara ou Khiva.

À découvrir

Complexe Khast Imam et Coran d'Othman. La médersa Barak Khan (XVIe siècle) et la bibliothèque où est exposé sous vitrine le Coran d'Othman, manuscrit en parchemin du VIIe siècle attribué au troisième calife de l'islam.

Bazar Tchorsou sous sa coupole bleue. Marché central organisé sur plusieurs niveaux : étage des épices et fruits secs, halle aux viandes au sous-sol, allées extérieures pour les pastèques et le pain non cuit dans des fours tandyr.

Stations de métro décorées. Une boucle d'une heure permet de voir Kosmonavtlar (mosaïques bleues sur Gagarine), Alicher Navoï (céramiques inspirées des médersas) et Pakhtakor (motifs cotonniers en relief).

Musée des arts appliqués. Installé dans l'ancienne demeure du diplomate russe Alexandre Polovtsev, début XXe siècle, avec plafonds peints, ganch sculpté et collection de suzanis, broderies traditionnelles de Boukhara et Chakhrisabz.

Quartier coréen et cuisine déportée. Au marché Kuyluk, les stands Koryo-saram vendent kimchi de chou, salades de carottes épicées et morkovcha, héritage culinaire des Coréens déplacés depuis l'Extrême-Orient soviétique en 1937.

Quand y aller

Tachkent connaît un climat continental semi-aride marqué. Les meilleures fenêtres sont avril-mai et septembre-octobre, avec des températures de 18 à 28°C en journée, des arbres en fleurs au printemps et des marchés débordant de melons et raisins à l'automne. L'été, de fin juin à fin août, est très chaud : 35 à 40°C en après-midi, parfois 42°C, avec un air sec et poussiéreux. Les visites en plein air deviennent pénibles entre 12h et 17h.

L'hiver, de décembre à février, descend régulièrement sous zéro la nuit (-5 à -10°C) avec des journées autour de 3 à 7°C, parfois de la neige fondue. Les précipitations annuelles restent modestes (440 mm) mais concentrées entre mars et mai. Pour qui prolonge vers la vallée de Ferghana ou la montagne du Tian Shan voisine, comptez 5 à 10°C de moins en altitude à Tchimgan ou Beldersaï, où la neige tient de décembre à mars.

Conseils pratiques

Une journée et demie à deux jours suffisent pour Tachkent. L'aéroport international Islam Karimov est le principal point d'entrée du pays, avec des vols directs depuis Paris, Francfort, Istanbul et Dubaï. Depuis le centre, il faut 20 à 30 minutes en voiture. La ville se prête à une visite combinée à pied et en métro, plus quelques trajets en taxi pour les sites éloignés comme Khast Imam ou le mémorial des victimes de la répression.

Tachkent s'articule naturellement avec le reste du circuit : le train rapide Afrosiyob rejoint Samarcande en 2h10, Boukhara en 4h, et un vol intérieur d'1h30 dessert Khiva via Ourguentch. Pour les voyageurs disposant de plus de temps, la vallée de Ferghana se rejoint en 5 heures de route par le col de Kamtchik (2 268 m). Le niveau de confort hôtelier est bon, avec une offre récente d'établissements internationaux et de boutique-hôtels dans des maisons rénovées. La ville convient aux voyageurs curieux d'histoire urbaine et d'architecture soviétique, aux familles (parcs, métro facile à utiliser), moins aux contemplatifs qui préféreront filer directement vers les villes-oasis de la Route de la Soie.

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