Samarcande et Chakhrisabz
Le coeur timouride de l'Ouzbékistan : trois médersas alignées sur le Régistan, la nécropole de Chakh-i-Zinda à l'aube, et les ruines d'Ak-Saray à Chakhrisabz au sud du col de Takhtakaracha.
Samarcande s'étend dans la vallée du Zeravchan, à 700 mètres d'altitude, encadrée au sud par les contreforts des monts Zerafchan qui annoncent le Pamir. Cette position de carrefour explique sa fonction historique : étape majeure de la route de la soie entre la Chine et la Méditerranée, capitale de l'empire de Tamerlan au XIVe siècle, puis centre intellectuel sous son petit-fils Ulugh Beg, astronome avant d'être souverain. La ville actuelle compte environ 550 000 habitants, majoritairement tadjikophones, ce qui la distingue linguistiquement du reste de l'Ouzbékistan ouzbékophone.
Le coeur monumental tient en quelques kilomètres carrés. La place du Régistan aligne trois médersas construites entre 1417 et 1660 : Ulugh Beg, Cher-Dor reconnaissable à ses tigres-soleils stylisés en façade, et Tilla-Kari dont la salle de prière est entièrement revêtue de feuilles d'or. À dix minutes de marche, la mosquée Bibi-Khanym, commandée par Tamerlan après sa campagne d'Inde en 1399, conserve un portail de 35 mètres de hauteur. La nécropole de Chakh-i-Zinda, ruelle bordée de mausolées des XIVe et XVe siècles, se parcourt en une heure ; nous conseillons d'y arriver vers 7h, avant les groupes, quand la lumière rasante fait ressortir les mosaïques bleues et turquoise. Le mausolée Gour-Emir, où Tamerlan est enterré sous une dalle de jade vert, ferme ce circuit timouride.
Au-delà des monuments, Samarcande conserve une vie de quartier autour du bazar de Siab, le grand marché alimentaire adossé à Bibi-Khanym. On y trouve les pains ronds estampillés au tampon, les non, spécialité locale dont la version samarcandaise se conserve plusieurs semaines, ainsi que les abricots secs, raisins de Khorasan et noix du Ferghana. À une dizaine de kilomètres au nord-est, le village de Konigil regroupe encore quelques ateliers de fabrication de papier de soie selon le procédé traditionnel à partir d'écorce de mûrier, technique remise en activité dans les années 1990 après plusieurs décennies d'interruption.
À deux heures de route au sud, en franchissant le col de Takhtakaracha à 1 788 mètres, on bascule dans la vallée de Kachkadaria et l'on atteint Chakhrisabz, ville natale de Tamerlan en 1336. Il ne reste du palais d'Ak-Saray que les deux pylônes du portail d'entrée, hauts d'une quarantaine de mètres, mais leur décor de céramiques donne une idée de l'échelle du projet initial. La ville abrite aussi le complexe Dorut Tilavat et la mosquée Kok-Goumbaz construite en 1437. Chakhrisabz est plus petite, plus provinciale que Samarcande, et se visite en une demi-journée ; la route elle-même, à travers les villages de la région de Kitab, fait partie de l'intérêt du détour.
L'économie régionale repose sur l'agriculture irriguée, vigne, coton et abricotiers, et sur l'artisanat lié au tourisme : broderie suzani, céramique de Gijduvan distribuée jusqu'ici, tapis. La cuisine samarcandaise se distingue par son plov, riz au mouton et carottes jaunes préparé dans de grands chaudrons, et par son samsa cuite au tandoor.
À découvrir
Place du Régistan en fin de journée. Trois médersas du XVe au XVIIe siècle alignées autour d'une esplanade. La lumière du soir, vers 17h en été et 16h en hiver, fait ressortir les mosaïques cobalt et turquoise des iwans.
Nécropole de Chakh-i-Zinda au lever du jour. Une ruelle en pente bordée d'une vingtaine de mausolées timourides, dont celui de Shadi Mulk Aka. Visite tôt le matin pour éviter les groupes et profiter du décor de céramiques sculptées.
Ateliers de papier de mûrier à Konigil. Petit village à 10 km de Samarcande où le papier de soie samarcandais est à nouveau fabriqué selon la technique du XIe siècle, à partir d'écorce bouillie puis martelée.
Ruines d'Ak-Saray à Chakhrisabz. Les deux pylônes survivants du palais d'été de Tamerlan, hauts de 38 mètres, dominent la ville basse. Le trajet depuis Samarcande franchit le col de Takhtakaracha à 1 788 mètres.
Plov samarcandais au bazar de Siab. Le riz au mouton et carottes jaunes se prépare ici en couches non mélangées, à la différence des versions de Tachkent. À déguster vers midi, quand les chaudrons sortent du feu.
Quand y aller
La région se visite confortablement d'avril à début juin et de mi-septembre à fin octobre. Au printemps, les températures oscillent entre 18 et 25°C en journée, les vergers de la vallée du Zeravchan sont en fleurs en avril, et la pluie reste modérée, environ 40 mm par mois. L'automne offre des conditions similaires avec un ciel plus dégagé et les premiers raisins frais sur les étals dès septembre.
L'été, de fin juin à fin août, est chaud sec : 35 à 38°C l'après-midi à Samarcande, parfois 40°C à Chakhrisabz qui se trouve un peu plus bas. Les visites des monuments restent supportables tôt le matin et en fin de journée mais demandent une organisation adaptée. L'hiver, de décembre à février, descend régulièrement sous zéro la nuit, avec des chutes de neige possibles sur le col de Takhtakaracha qui peut être temporairement fermé ; le ciel est cependant souvent clair et les sites quasi vides, ce qui peut convenir aux voyageurs équipés et peu sensibles au froid.
Conseils pratiques
Nous recommandons deux à trois nuits sur place. Deux nuits suffisent pour les grands monuments timourides et le bazar de Siab ; une troisième permet d'inclure l'excursion à Chakhrisabz, soit environ 180 km aller-retour et quatre heures de route, ainsi que les ateliers de Konigil et l'observatoire d'Ulugh Beg. Samarcande dispose d'un aéroport international avec quelques vols directs depuis l'Europe, mais la plupart de nos voyageurs y arrivent en train rapide Afrosiyob depuis Tachkent, deux heures et dix minutes pour 344 km.
La combinaison la plus naturelle se fait avec Boukhara, à 2h30 de train à l'ouest, puis Khiva pour les voyageurs disposant d'au moins douze jours. Tachkent sert généralement de point d'entrée et de sortie. Pour prolonger vers des paysages plus contrastés, le désert du Kyzylkoum s'enchaîne après Boukhara, et la vallée de Ferghana, plus rurale et artisanale, depuis Tachkent. Le confort hôtelier à Samarcande est bon, avec un choix allant des maisons de famille du quartier juif aux établissements internationaux près du Régistan. La région convient aussi bien aux voyageurs curieux d'histoire et d'architecture qu'aux familles, les distances internes restant courtes et les visites se prêtant à des journées rythmées sans marche exigeante.





