Khiva

Cité-musée enclose dans 2,2 kilomètres de remparts à la lisière du Kyzylkoum, Khiva concentre dans 26 hectares cinq siècles d'architecture khorezmienne.

Khiva occupe l'extrême ouest de l'Ouzbékistan, en bordure du Karakalpakstan, sur la rive gauche de l'Amou-Daria. La ville s'est développée comme dernière étape caravanière avant la traversée du désert du Karakoum vers la Perse, et comme capitale du khanat de Khiva du XVIᵉ siècle jusqu'à son rattachement à l'URSS en 1920. Cette histoire de cité-État marchande et esclavagiste explique la densité du bâti : sur 26 hectares enclos dans les remparts d'Itchan Kala, on dénombre une cinquantaine de monuments restaurés, médersas, mosquées, minarets, palais et caravansérails.

L'intérieur de la citadelle se parcourt à pied, du portail ouest Ata-Darvaza au portail est Palvan-Darvaza, sur environ 650 mètres. Le Kalta Minor, commandé en 1851 par Mohammed Amin Khan et abandonné à 29 mètres faute de moyens à sa mort, reste l'image la plus reconnaissable de la ville avec sa céramique turquoise et émeraude. À côté, la médersa Mohammed Amin Khan, la plus vaste du site, a été reconvertie en hôtel. La mosquée Djouma, soutenue par 213 colonnes de bois sculpté dont certaines datent du Xᵉ siècle, offre la pénombre la plus reposante du centre. Le palais Tach-Khaouli, achevé en 1838, conserve les iwans du harem et de la salle de réception du khan, avec leurs plafonds peints et leurs faïences de Khorezm.

Au-delà d'Itchan Kala, la ville extérieure Dichan Kala garde plusieurs ensembles dignes d'une visite : la médersa Sayid Niaz Cheliki, le bazar quotidien, et la nécropole de Chah-i-Mardan. C'est aussi dans Dichan Kala que se trouvent la plupart des maisons d'hôtes familiales, dans des cours intérieures à galeries de bois. Le Khorezm, région agricole irriguée par les canaux de l'Amou-Daria, vit du coton, du melon (les variétés de Khorezm sont réputées dans tout le pays) et d'un élevage ovin limité par la salinisation des sols, conséquence directe de l'assèchement de la mer d'Aral 200 kilomètres au nord.

La cuisine locale se distingue du reste de l'Ouzbékistan. Le shivit-oshi, plat signature de Khiva, consiste en nouilles vertes teintées à l'aneth, servies avec un ragoût de viande et de pommes de terre. Le tukhum barak, raviolis fourrés d'œuf et de lait, accompagne souvent les repas du soir dans les chaikhanas du centre. Les melons et pastèques de Khorezm, vendus en pyramides sur les marchés d'août à octobre, sont consommés en fin de repas, parfois avec du pain non.

La langue parlée localement, le dialecte khorezmien, diffère sensiblement de l'ouzbek standard de Tachkent et garde des proximités avec le turkmène. Cette particularité linguistique, l'isolement géographique de l'oasis et la conservation continue du tissu urbain font de Khiva la ville ouzbèke la plus homogène visuellement, celle où l'on circule le plus aisément à l'intérieur du fait historique. À l'inverse de Samarcande ou Boukhara, dont les monuments majeurs sont dispersés dans une ville moderne, Khiva concentre l'expérience dans un périmètre marchable.

L'accès à Khiva passe par Ourguentch, situé à 35 kilomètres, soit 40 minutes de route. Ourguentch dispose d'un aéroport relié à Tachkent en 1h30 de vol (deux à trois fréquences quotidiennes) et d'une gare desservie par le train rapide Afrosiyob et le train de nuit Charq depuis Boukhara. La route directe Boukhara, Khiva, 450 kilomètres à travers le désert du Kyzylkoum, prend 7 à 8 heures et constitue en elle-même une étape de voyage.

À découvrir

Itchan Kala au lever du jour. Avant l'arrivée des bus de Tachkent vers 10h, les ruelles entre la médersa Allakouli Khan et le minaret Islam Khoja restent à la lumière rasante, fréquentées seulement par les habitants qui traversent la citadelle pour rejoindre Dichan Kala.

Vue depuis le minaret Islam Khoja. Le plus haut de la ville à 57 mètres, accessible par un escalier intérieur étroit de 118 marches. Depuis le sommet, les toits de coupoles turquoise se découpent sur la plaine du Khorezm jusqu'aux abords du désert.

Le palais Tach-Khaouli. Résidence du khan de Khiva achevée en 1838, dont les 163 pièces s'organisent autour de trois cours. Les iwans peints du harem, avec leurs plafonds en mouqarnas, donnent la mesure de l'artisanat khorezmien du XIXᵉ siècle.

Shivit-oshi dans une chaikhana de Dichan Kala. Les nouilles à l'aneth, vert intense, sont préparées le matin dans quelques familles du quartier nord. On les mange tièdes, recouvertes du ragoût de viande, avec un bol de yaourt aigre à côté.

Forteresses du désert du Khorezm. À 1h30 de route au nord de Khiva, les ruines d'Ayaz Kala et Toprak Kala, citadelles de brique crue du IIᵉ au VIIᵉ siècle, dominent la steppe sableuse. Une demi-journée en excursion depuis Khiva suffit pour visiter trois sites.

Quand y aller

Khiva connaît un climat continental aride marqué. Les meilleures périodes pour visiter sont avril-mai et septembre-octobre, avec des températures diurnes entre 20 et 28°C et des nuits fraîches. Juin reste praticable autour de 33-35°C. En revanche, juillet et août dépassent régulièrement 42°C l'après-midi, avec des pics à 45°C, ce qui rend la visite très éprouvante car Itchan Kala offre peu d'ombre et le sol en pierre claire réverbère fortement. Les mois d'hiver, de décembre à février, descendent souvent sous zéro, jusqu'à -10°C la nuit, avec un vent du nord glaçant venu du Kyzylkoum.

Les précipitations restent faibles toute l'année, moins de 100 mm cumulés, concentrées en mars et avril. Mars peut connaître des journées encore fraîches autour de 12-15°C, mais c'est aussi le mois où les vergers du Khorezm fleurissent. Pour qui vient en haute saison estivale, nous recommandons de visiter le site tôt le matin (de 6h à 10h) et après 17h, en réservant l'après-midi pour le repos en intérieur.

Conseils pratiques

Une journée pleine suffit à parcourir Itchan Kala et ses principaux monuments. Nous conseillons toutefois de prévoir deux nuits sur place : la première soirée donne accès au site après le départ des excursionnistes vers 17h, lorsque la lumière dorée et le calme reviennent ; la seconde journée permet une excursion d'une demi-journée vers les forteresses du désert d'Ellik Kala, ou une promenade plus lente dans Dichan Kala et son bazar. Pour les voyageurs disposant de trois nuits, une journée supplémentaire ouvre vers Noukous et le musée Savitsky, à 3h de route au nord.

Khiva s'insère logiquement en fin ou en début de circuit Route de la Soie. La combinaison la plus courue est Tachkent, Samarcande, Boukhara, Khiva, avec retour en vol intérieur depuis Ourguentch. Les voyageurs qui s'intéressent au Karakalpakstan et au lit asséché de la mer d'Aral prolongent vers le nord depuis Khiva. La vallée de Ferghana se combine moins naturellement, étant à l'opposé géographique du pays. Le confort hôtelier dans Itchan Kala reste modeste, autour de 3 étoiles, avec quelques maisons d'hôtes de caractère dans d'anciennes médersas. La région convient aux voyageurs contemplatifs, aux passionnés d'architecture islamique et aux familles avec enfants à partir de 8 ans, le périmètre piéton étant facile à arpenter.

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