Boukhara

Ville-musée à ciel ouvert au cœur du Zarafchan, Boukhara aligne 140 monuments médiévaux sur un kilomètre carré, du minaret Kalon aux taqi marchands toujours en activité.

Boukhara se situe au cœur de l'oasis du Zarafchan, en bordure du désert du Kyzylkoum, à 280 kilomètres à l'ouest de Samarcande et 450 kilomètres à l'est de Khiva. La ville s'est développée autour d'un réseau de canaux dérivés du fleuve Zarafchan, qui alimentait jadis plus de 80 bassins urbains, les hauz. Aujourd'hui, seul subsiste Lyabi-Hauz, planté de mûriers centenaires, autour duquel s'organise la vie sociale du centre historique.

L'histoire de Boukhara s'écrit sur plus de 2500 ans. Capitale de la dynastie samanide au IXe et Xe siècles, elle est devenue un foyer majeur du savoir islamique, fréquenté par Avicenne et Al-Boukhari. Gengis Khan rase la ville en 1220 mais épargne le minaret Kalon, haut de 47 mètres, dont la décoration en briques crues forme douze frises géométriques distinctes. Sous les Chaybanides puis le khanat de Boukhara aux XVIe et XVIIe siècles, la ville se couvre de medersas, de mosquées et de caravansérails qui constituent l'essentiel du tissu monumental visible aujourd'hui. Le centre historique compte 140 monuments protégés sur un kilomètre carré, classés au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1993.

Boukhara se distingue de Samarcande par son échelle et son atmosphère. Là où Samarcande aligne des places monumentales reconstruites, Boukhara conserve son tissu urbain médiéval : ruelles étroites, maisons traditionnelles à patio, ateliers d'artisans installés dans les anciens taqi, ces marchés couverts coupoles. Le Taqi-Sarrafon abritait les changeurs, le Taqi-Telpak Furushon les vendeurs de chapeaux, le Taqi-Zargaron les bijoutiers. Cette spécialisation par corporation se retrouve encore dans la répartition actuelle des ateliers de broderie souzani, de tapis noués, de miniatures sur papier mûrier et de coutellerie.

La forteresse de l'Ark, occupée du Ve siècle av. J.-C. jusqu'en 1920, domine la ville à l'ouest. Face à elle, la mosquée Bolo-Hauz et ses vingt colonnes de bois sculpté constituent l'un des rares édifices religieux du XVIIIe siècle préservés en l'état. À l'est du centre, l'ensemble Poï-Kalon associe le minaret, la mosquée du vendredi et la medersa Mir-i-Arab, toujours en activité comme école coranique. Plus au nord, la nécropole de Tchor-Bakr et le mausolée des Samanides en briques cuites du Xe siècle, considéré comme la matrice de l'architecture islamique d'Asie centrale, ferment la lecture historique de la ville.

Les environs prolongent la visite. Le palais d'été de Sitorai Mokhi Khosa, à 4 kilomètres au nord, témoigne du mélange tardif entre architecture russe et décors ouzbeks, commandé par le dernier émir au début du XXe siècle. À 45 kilomètres à l'est, le village de Ghijduvan perpétue une tradition de céramique à glaçure verte et brune transmise dans la famille Narzullaev depuis sept générations. Plus au sud, Karmana et Nourata ouvrent sur les premiers villages du Kyzylkoum et leurs yourtes saisonnières.

La cuisine boukhariote reflète l'histoire de carrefour caravanier. Le plov local se cuisine avec des raisins secs et des pois chiches, à la différence de la version de Tachkent. Les samsas au feu de bois, les soupes shurpa au mouton et les pâtisseries au sésame se trouvent dans les tchaïkhanas autour de Lyabi-Hauz. La communauté juive boukhariote, présente depuis plus de mille ans bien que très réduite aujourd'hui, a laissé son empreinte dans le quartier autour de la synagogue de la rue Sarrafon.

À découvrir

Ensemble Poï-Kalon au lever du jour. Le minaret de 47 mètres, la cour de la mosquée du vendredi pavée de marbre et la façade turquoise de la medersa Mir-i-Arab se découvrent avant l'ouverture des ateliers, vers 7 heures, dans une lumière rasante qui révèle le détail des frises de briques.

Ateliers des taqi marchands. Sous les coupoles du Taqi-Telpak Furushon et du Taqi-Zargaron, nous vous présentons les brodeurs de souzani au point tambour, les noueurs de tapis et l'atelier de miniatures sur papier de mûrier de la famille Mukhtarov.

Céramique de Ghijduvan. Journée chez les Narzullaev, septième génération de potiers, pour comprendre la cuisson au bois et la signature des pigments verts à l'oxyde de cuivre, propres à l'école de Ghijduvan.

Nécropole de Tchor-Bakr. À 5 kilomètres à l'ouest, cet ensemble funéraire du XVIe siècle aligne cours, mausolées et cellules de derviches. Le site reste peu fréquenté en fin de journée, quand les familles viennent y prier.

Cuisine dans une maison du quartier juif. Préparation du plov boukhariote aux raisins secs et pois chiches dans une demeure à patio du XIXe siècle, avec une famille qui transmet les recettes locales.

Quand y aller

Boukhara connaît un climat continental aride. Les meilleures périodes pour visiter sont avril-mai et septembre-octobre, avec des températures de 18 à 28 degrés en journée et des nuits fraîches. Le printemps voit la floraison des jardins de Sitorai Mokhi Khosa et un débit correct dans les canaux. L'automne offre les marchés de coton et de melons, et une lumière nette favorable à la photographie d'architecture.

L'été, de juin à août, est sec et brûlant : les températures dépassent régulièrement 40 degrés à l'ombre en juillet, ce qui rend les visites pénibles entre 11 heures et 17 heures, même si la faible humidité reste supportable. L'hiver, de décembre à février, descend à -5 degrés la nuit, avec des chutes de neige possibles en janvier. Cette saison reste praticable pour qui aime les villes vidées de leurs visiteurs, mais certains palais d'été et sites de plein air ferment partiellement.

Conseils pratiques

Comptez deux nuits minimum pour couvrir le centre historique à pied, trois nuits pour intégrer Sitorai Mokhi Khosa, Tchor-Bakr et une journée à Ghijduvan. Une quatrième nuit permet de pousser vers Nourata et l'entrée du Kyzylkoum. Boukhara dispose d'un aéroport avec des vols directs depuis Tachkent (1h15) et de la gare du train rapide Afrosiyob qui relie Samarcande en 1h30 et Tachkent en 3h30. Depuis Khiva, la route traverse le Kyzylkoum sur 450 kilomètres, soit 7 à 8 heures de conduite ou un trajet de nuit en train.

L'enchaînement le plus cohérent reste Tachkent, Samarcande, Boukhara, Khiva d'est en ouest, en s'autorisant un détour par les yourtes de Nourata entre Samarcande et Boukhara, ou par le Kyzylkoum entre Boukhara et Khiva. L'hébergement se fait dans d'anciennes maisons de marchands juifs ou de medersas reconverties, autour de Lyabi-Hauz, avec un confort de niveau 3 et 4 étoiles. La ville convient aux voyageurs contemplatifs, aux amateurs d'architecture islamique et d'artisanat, ainsi qu'aux familles : tout se parcourt à pied, sans dénivelé, et les enfants apprécient les ateliers de marionnettes et de miniatures.

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