
Le palais Ak
Le palais Ak
Vestiges du palais de Tamerlan à Shahrisabz : deux pylônes monumentaux, mosaïques timourides d'origine et site UNESCO à 90 km de Samarcande.
Au nord de Shahrisabz, ville natale de Tamerlan, les deux pylônes monumentaux du palais Ak-Saray dominent encore le paysage urbain. De ce qui fut, à la fin du XIVe siècle, la résidence d'apparat du conquérant turco-mongol, il ne subsiste aujourd'hui que les fondations d'un portail vertigineux, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO au sein de l'ensemble historique de la cité.
Pourquoi visiter le palais Ak-Saray
Ak-Saray signifie littéralement « palais blanc » : Ak (blanc) et Saray (palais). Le terme ne renvoie pas à la couleur du bâtiment — ses murs étaient couverts de faïence azur et bleu foncé — mais à la noblesse de son commanditaire. Il s'agit de l'unique palais conçu par et pour Tamerlan dans sa ville natale, ce qui en fait un monument à part dans l'architecture timouride.
Contrairement à de nombreux ensembles ouzbeks restaurés au XXe siècle, l'Ak-Saray n'a pas été reconstruit. Vous y observez des vestiges authentiques : céramiques d'origine, briques cuites, fragments de mosaïques accrochés aux faces internes des pylônes. Le site se prête à une lecture archéologique plus qu'à une visite muséographique, ce qui constitue son intérêt principal pour qui s'intéresse à l'histoire timouride.
Histoire du palais
Après avoir doté Samarcande de plusieurs palais et citadelles, Tamerlan entreprend dès 1380 la construction d'une résidence d'exception à Shahrisabz, sa ville natale. Le chantier dure près d'un quart de siècle, jusqu'en 1404, et mobilise des artisans venus d'Iran et de différentes régions d'Ouzbékistan. Les sources historiques évoquent également le recours à environ 50 000 esclaves, estimation qu'il convient de prendre avec la prudence d'usage pour les chiffres médiévaux.
La cour intérieure mesurait, selon les relevés modernes, environ 250 mètres de long sur 120 mètres de large. En été 1404, l'ambassadeur de Castille Ruy González de Clavijo, envoyé par Henri III auprès de Tamerlan, traverse Shahrisabz et consigne sa visite dans son journal :
« Ce palais possède une longue entrée avec un très haut portail. Aussitôt passé celui-ci, on voit, à droite, mais aussi à gauche, des arcades en briques, ornées de carreaux de faïence, placés en formant les dessins. Ces arcades abritent de petites chambres dépourvues de porte, dont le sol est recouvert aussi de carreaux de faïence. Elles sont destinées à recevoir les gens, qui peuvent s'y asseoir, lorsque Timour Beg est présent. En face, une autre porte, par laquelle on passe dans une vaste cour aux dalles blanches, entourée d'arcades richement décorées, possédant au milieu un grand bassin rempli d'eau. Cette cour a une largeur de 300 pieds et mène au plus vaste endroit du palais avec une grande et haute porte artistiquement et finement ornée d'or et d'azur. Elle est couronnée d'image du lion au fond du soleil levant ; on trouve les mêmes images à gauche et à droite. Ce sont les armoiries du seigneur de Samarcande… »
Le récit de Clavijo, mesuré en pieds castillans, témoigne de l'effet produit sur les voyageurs occidentaux par l'échelle et la polychromie de l'édifice. Après la mort de Tamerlan, le palais subit le déclin progressif de Shahrisabz et plusieurs séismes. Au XVIe siècle, les Chaybanides ouzbeks accélèrent sa ruine.
Que voir sur place
Du palais ne subsistent aujourd'hui que deux pylônes encadrant l'emplacement du portail principal. La hauteur d'origine est estimée à 71 mètres ; les fondations en conservent environ 44. À leur pied, l'esplanade reconstituée donne une idée de l'emprise au sol du complexe.
- Les mosaïques originales : sur certaines faces internes des pylônes, des fragments de céramique en majolique et de faïence cuerda seca présentent encore des motifs géométriques et épigraphiques d'époque timouride.
- L'inscription monumentale : à mi-hauteur, on devine les vestiges d'une inscription coufique en céramique bleue.
- La statue de Tamerlan : installée face au site sur l'esplanade, elle sert de point de repère et permet de saisir l'axe historique du complexe.
- Le panorama : depuis le parvis, la vue s'ouvre sur Shahrisabz et, par temps clair, sur les contreforts enneigés au sud.
Comptez 30 minutes à 1 heure sur place, davantage si vous combinez avec les autres monuments de l'ensemble historique de Shahrisabz.
Informations pratiques
- Accès : site extérieur, ouvert toute la journée. Un droit d'entrée modique peut être demandé selon la saison.
- Durée de visite : 30 minutes à 1 heure pour le seul Ak-Saray ; comptez une demi-journée pour l'ensemble du centre historique de Shahrisabz.
- Guide : recommandé pour saisir le contexte timouride et déchiffrer les inscriptions ; les guides francophones sont disponibles sur réservation depuis Samarcande.
- Accessibilité : esplanade plate, accessible aux personnes à mobilité réduite. L'ascension d'un escalier intérieur a pu être proposée par le passé mais reste tributaire de l'état de conservation des pylônes.
Quand y aller
Shahrisabz se situe à environ 600 mètres d'altitude, dans une vallée encadrée par les monts Pamir-Alaï. Le climat est continental marqué : étés chauds et secs (jusqu'à 35-40 °C en juillet-août), hivers froids avec possibilités de neige, intersaisons douces.
Les périodes les plus agréables pour visiter le site, qui se découvre exclusivement en extérieur, vont d'avril à juin et de septembre à mi-octobre. Le printemps offre une lumière douce sur les céramiques bleues ; l'automne combine températures clémentes et ciels dégagés.
Comment s'y rendre
Shahrisabz se rejoint le plus souvent depuis Samarcande, distante d'environ 90 kilomètres. La route franchit le col de Tachtakaracha (1 788 m), qui peut être enneigé en hiver. Plusieurs options :
- Taxi privé ou voiture avec chauffeur depuis Samarcande : 2h à 2h30 de trajet, formule la plus souple pour une visite à la journée.
- Taxi collectif (marshrutka) au départ du bazar de Registan à Samarcande : économique, départs réguliers en matinée.
- Excursion organisée incluant le col, l'Ak-Saray et le complexe Dorut Tilavat.
Une fois à Shahrisabz, le palais se trouve au nord du centre historique, à quelques minutes à pied des autres monuments majeurs.
À voir dans les environs
L'Ak-Saray s'inscrit dans un ensemble urbain classé par l'UNESCO. À proximité immédiate, ne manquez pas le complexe Dorut Tilavat (mosquée Kok Goumbaz, mausolée des Cheikhs) et le Dorus Saodat, où subsiste la crypte préparée pour Tamerlan.
Pour prolonger l'itinéraire timouride en Ouzbékistan, plusieurs sites complètent la visite :
- La mosquée Bibi Khanum à Samarcande, autre commande monumentale de Tamerlan.
- Le mausolée de Mouhammad al-Boukhari, figure spirituelle majeure de la région.
- Toprak Kala, forteresse antique du Khorezm, pour élargir la perspective historique.
- Le musée archéologique de Termez, complément utile sur l'histoire ancienne du sud ouzbek.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Comptez 30 minutes à 1 heure pour le site lui-même. Si vous visitez l'ensemble du centre historique de Shahrisabz (Dorut Tilavat, Dorus Saodat, bazar), prévoyez une demi-journée complète.
Un escalier intérieur a permis l'ascension par le passé, mais l'accès dépend de l'état de conservation des pylônes et peut être fermé pour des travaux. Renseignez-vous sur place le jour de la visite.
Oui, pour les voyageurs intéressés par l'histoire timouride et l'architecture islamique. Le site présente l'avantage d'être peu restauré, ce qui en fait un témoignage authentique de la fin du XIVe siècle. La route par le col de Tachtakaracha ajoute un intérêt paysager.
Avril-juin et septembre-mi-octobre offrent les meilleures conditions. Évitez le cœur de l'été (chaleur intense sur l'esplanade sans ombre) et l'hiver (col enneigé, températures négatives).
Le terme Ak (blanc) renvoie ici à la noblesse et au prestige du commanditaire, non à la couleur du bâtiment. Les murs étaient en réalité revêtus de faïence azur et bleu foncé, comme le confirment les fragments encore visibles.
Préparer votre voyage
L'Ak-Saray s'intègre naturellement dans un circuit timouride entre Samarcande, Shahrisabz et Boukhara. Pour construire un itinéraire sur mesure incluant ce site et les autres étapes incontournables, consultez nos voyages en Ouzbékistan.
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